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Inside Job Log

"You cannot rely on someone else to make you feel alive: it's an inside job"

Apprivoiser l’expectative

Comment naît l’amour ? Je me pose souvent la question. À quel moment que ce sentiment devient une évidence ? À quel moment réalise-t-on qu’on serait prêt.e à donner un bras ou sa vie pour quelqu’un ?

Je n’ai jamais cru en l’instinct maternel. Je ne pense pas qu’on voue un amour inconditionnel seulement parce qu’on lui a offert l’abri de notre corps durant 9 mois. Cet amour là aussi s’apprend, se nourrit, est testé. Il demande du temps. Il a une histoire. Il a une vie.

Il y a une semaine aujourd’hui tout juste, j’ai enfin reçu une nouvelle qui devait faire relâcher un peu de pression. J’étais tellement heureuse. J’ai l’impression que c’était il y a des semaines.

Nouvelle échographie de contrôle pour voir si mon petit bébé avait pris du poids lundi dernier. Bonne nouvelle, annonce le docteur, il fait 511g aujourd’hui. Ce qui veut dire qu’il va pouvoir être pris en charge. On m’attend à l’hôpital pour une hospitalisation dès 8h le lendemain. Le première chose qui me vient est que mon bébé est viable. Qu’il peut effectivement vivre. Victoire ! Sur le coup j’oublie qu’il est viable maintenant. Que à cet instant là, à 27 semaines et 2 jours, on peut le sortir de moi. Je pense juste que ça va être le début d’une très longue hospitalisation. Je suppose que inconsciemment, il va continuer à grandir en moi. On a un deal. Il tient au moins jusqu’à 32 semaines et je le protège, je lui offre un environnement sûr.

Et puis le docteur ne dit-il pas qu’il est possible que je ne fasse qu’un passage éclair de 48h?

L’accueil à l’arrivée se fait aux urgences gynécologiques. On galère un peu pour savoir où me caser avant que je leur rappelle que je suis transféré d’un autre hôpital et que mon dossier est passé en commission ici et que c’est eux qui ont recommandé amniocenthèse et l’hospitalisation dès 500g… Ça y est! Ils me remettent. Et le process se met en branle : analyse d’urine, étiquetage du bras, ECG, monitoring du cœur, rencontre avec un pédiatre qui nous réexplique les risques liés au RCIU et à la grande prématurité, les décisions qu’on (i.e. l’équipe médicale) pourrait être amené à prendre, puis rencontre avec une sage-femme qui a dû sécher les cours de tact et de secrets professionnels ( me demande tranquillement devant l’homme si j’ai déjà accouché/avorté/fait une fausse couche… euh… et si je ne voulais pas partager mon passé avec mon présent?… me demande de but en blanc si j’ai subi des violences/maltraitances physiques, psychologiques, sexuelles… meuf, je te connais depuis 3min… tu permets ?)

Après l’inquisition, on me monte au service de grossesses pathologiques… ce mot… je ne m’en remets pas. L’interne qui m’accueille m’explique qu’ils vont monitorer les battements de cœur et les mouvements et me refaire un echodoppler dans les 48h et qu’en fonction des résultats, il sera peut-être envisagé une hospitalisation à domicile avec des contrôles tous les jours et visites à l’hôpital bi-hebdomadaire plutôt que l’hôpital jusqu’à l’accouchement. Perso, je vote pour l’option 1.

Les deux jours qui suivent se partagent entre contrôle du cœur de bébé, de ses mouvements, les discussions avec les sages-femmes puis arrive le jour du Doppler. Le couperet tombe : la vascularisation du cordon ombilical n’est vraiment pas bonne, il faut me garder hospitalisée pour ne pas prendre de risque. Bon… il va falloir que je demande à l’homme de m’apporter mon matériel de yoga vu que je vais rester un bon moment ici. Dans l’après-midi, on fait le désormais traditionnel VCT dans ma chambre, un module qui contrôle le bébé en s’appuyant sur une base de plus de 20000 données collectées et sur la façon dont maman ressent les mouvements. L’appareil est très sensible. Parfois on perd le battement du bébé au profit du mien mais ça revient. Du coup quand ça arrive je ne m’inquiète pas trop. Sauf que là je vois débarquer la sage-femme, l’étudiante sage-femme, l’interne, l’aide soignante. La sage-femme s’acharne sur les capteurs « je n’ai rien, je ne le trouve pas « . L’interne dit « je vais chercher l’écho » et revient 1 minutes plus tard avec l’échographe portable et envoie l’étudiante sage-femme chercher la chef de service. Quand elle arrive essoufflée, la sage-femme dit « on l’a repris ». Sauf que les battements de cœur du p’tit bout sont à plus de 200bpm.

La chef de service m’explique que les mauvais résultats du Doppler combiné à ce qui vient de se passer nous montre que le bébé est en train de se fatiguer. On doit me descendre en salle de naissance pour me faire un monitoring plus poussé. Et aussi me commencé aux injections de corticoïdes pour préparer les poumons de bébé pour une césarienne.

J’ai la tête qui tourne. Je ne comprends pas. C’est beaucoup trop tôt. Beaucoup trop… 27 semaines et 4 jours… seulement 511g… il n’est pas prêt. Je ne suis pas prête. Ce n’était pas ça le deal. L’homme me sert la main pendant qu’on m’installe les capteurs et la perfusion qui servira à passer le magnésium pour préparer son cerveau en cas de besoin. Je n’arrête pas de me répéter que ce n’est pas le moment. Les heures passent sans vraiment passer. Je déteste quand le temps fait ça. Finalement le médecin de garde nous informe que le monitoring est bon. Pas de césarienne cette nuit mais l’autre gynécologue viendra faire un point avec moi le lendemain au vu des derniers développement.

[je reprends l’écriture après 3 jours de pause mais j’ai l’impression qu’il s’est passé 3 semaines… ]

Le lendemain de la quasi-césarienne, je reçois la visite d’un nouveau médecin. Au bout de quelques instants, je comprends que son rôle n’est pas seulement de m’expliquer ce qui va et risque de se passer dorénavant, mais aussi de bien me faire comprendre qu’ils peuvent déclencher la naissance à n’importe quel moment maintenant. Je pense que l’équipe de la veille a dû lui dire que j’étais dans le déni. Ce qui n’est pas totalement faux. Mon bébé est trop petit, trop fragile, pas prêt. Point. Je veux qu’il reste en moi. Je vois bien les échographie, j’entends bien les comptes rendus mais je ne peux pas me résoudre à la réalité qu’il sera peut-être mieux hors de moi. J’ai l’impression de faillir à mon rôle primaire qui est de lui offrir mon corps comme sanctuaire.

Il fait preuve de beaucoup de patience et d’empathie et me réexplique à nouveau :  » Il y a 3 éléments à prendre en compte avec le Doppler. Nous savons déjà que un des trois ne fonctionne pas donc on va surveiller les deux autres toutes les 48h. On va aussi un monito du cœur tous les jours. Et tous les jours on fera aussi un VCT qu’on complétera au besoin d’une échographie en fonction des résultats. Et on continue la surveillance quotidienne de votre tension et de votre albumine. C’est la combinaison de ces éléments qui déterminera une demie journée après l’autre si on intervient ou pas. Mais comprenez bien que le VCT est crucial. Si le score est supérieur à 5 c’est nickel, s’il est entre 3 et 5 on fait une échographie pour voir quelle est l’étape suivante, mais s’il est en dessous de 3, on pratiquera une césarienne peu importe ce que disent les autres examens. Vous comprenez ? »

Je réponds que oui mais qu’il n’a pas à s’en faire. On en a encore pour au moins 2 semaines voire un mois. Bébé et moi avons un deal.

Et un nouveau cycle d’attente commence. La première journée, parfaite. Bébé est un champion ! Tous les voyants sont au vert.

Jour deux, petit coup de stress. On doit compléter par une échographie l’après-midi mais au final, tout continue de rouler.

Le VCT du lendemain matin est impeccable aussi. Score à 6. Yes! L’après-midi je reste branchée au monitoring pendant 1h. La sage-femme passe pour me dire qu’on va le garder un peu plus longtemps. Deux heures passent. Elle revient accompagné du VCT. Il donne des résultats plus détaillés me dit-elle et là le monitoring n’est pas concluant donc on a besoin de plus de données. Je reste branché 72 minutes. La durée maximale est généralement de 1h. J’échange des messages avec l’homme depuis un moment. J’ai juste le temps de lui écrire « 2,7 au VCT » que je vois débarquer toute l’équipe qui doit me préparer pour le bloc. Je commence à vraiment paniquer et pleurer mais je me souviens aussi que la dernière fois, le monitoring m’a sauvé. J’y crois encore un peu. Mais je réalise aussi qu’il est fort probable que j’accouche là maintenant, seule. La panique redouble et les larmes aussi. L’homme appelle. Il est en chemin. Je réussi juste à lui dire de joindre ma mère. Il ne sera jamais là à temps. Ou si. J’en sais rien. On doit encore me faire une monitoring et me perfuser pour préparer son cerveau. Peut-être que je ne vais pas être seule après tout. En attendant je tente de focaliser mon attention sur ce qui se passe pour ne pas entrer en même attaque de panique totale. L’anesthésiste de garde me parle. Les sages-femmes me parlent. Les infirmières me parlent. Tout le monde me touche. La seule chose que je m’entends dire c’est « il est trop petit, il n’est pas prêt »

Je ne sais pas comment ni au bout de combien de temps je me retrouve au bloc, mais c’est la douleur fulgurante de l’aiguille de l’anesthésie dans le bas de mon dos me sort de ma torpeur. J’aperçois la tête de l’homme par le hublot. Il est là. Il ne peut pas entrer dans le bloc mais il est là. Je ne suis pas seule. Et bébé ne sera pas seul.

Ça prend beaucoup moins de temps que je ne l’aurais cru pour le sortir. Je sens les mains dans mon ventre. J’attends les voix et les bruits. J’ai l’impression que c’est en train d’arriver à quelqu’un d’autre. Je suppose que je suis devenue durant ce laps de temps mais je n’ai rien comme souvenir ni sensation de bébé qui sort.

En salle de réveil l’homme m’attend. Ce mélange d’inquiétude et de soulagement sur son visage me réconforte. Il a aperçu bébé mais on doit encore attendre. Ils sont en train de le réanimer. À ces mots je me dis que je suis contente d’être sous anesthésie : je ne sens pas mes entrailles se liquéfier ni mes jambes défaillir. Merci morphine aussi. On attend que l’équipe de pédiatres qui s’occupe de lui vienne nous faire un compte rendu et nous emmène le voir.

Nous sommes le samedi 18 mai 2019 au moment où j’écris ces mots. Mon bébé s’est battu durant 6 jours pour rester en vie. Il a finit par s’éteindre il y a quelques heures.

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Ces silences qu’on nous/s’impose

Ça commence dès le début. Dès qu’on fait pipi sur le stick et que les deux barres apparaissent.

Je suis originaire d’Afrique de l’ouest mais j’ai passé mon adolescence et la majeure partie de ma vie d’adulte dans des pays occidentaux. Donc culturellement, j’ai le cul entre plusieurs chaises (oui il est assez grand pour que je puisse). Je suis de beaucoup d’endroits, j’appartiens un peu à chacun d’entre eux ce qui me donne parfois l’impression de n’être de nulle part.
Ces régions du monde ont indubitablement leurs différences mais étrangement se retrouvent sur certains points, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons.

La découverte

Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, j’ai paniqué : ce n’était pas planifié, je savais le point de vue de l’homme sur la question, j’allais bientôt me retrouver sans boulot, j’étais seule dans un pays étranger… Mais au-delà de la panique et des angoisses et des incertitudes, je me suis surprise à être vraiment heureuse. Le genre de bonheur complètement déraisonnable, inexplicable et qui vous prend aux tripes, qui vous étouffe presque et qu’on a envie de hurler à la face du monde pour le faire sortir et retrouver un peu d’espace pour respirer.  Or s’il y a bien une chose que l’Occidentalo-africaine que je suis a appris et intégré depuis petite c’est qu’on ne dit pas qu’on est enceinte. Ma mère m’a toujours répété que « chez nous » ça ne se partage pas cette information ! A la rigueur avec ta mère mais ça s’arrête là. Quand ça commence à se voir on explique juste qu’on a pris du poids. Bien sûr les mamas et les tatas et celles qui ont déjà connu une grossesse sauront, mais elles n’en parleront pas et feront semblant de ne pas savoir. La raison officielle est la superstition. Il s’agit de protéger l’enfant contre les mauvais esprits et/ou les sorts que des personnes mal attentionnées pourraient lui jeter.  En occident, on se tait aussi. La règle tacite est de ne rien dire avant la fin du premier trimestre. Là, c’est parce que les fausses couches surviennent généralement durant cette période.  Bref, le silence prévaut et pour ma part je trouve ça malsain et énervant.

Pour des raisons évidentes, la grossesse est, dans la plupart des cas et quand elle est désirée, une bonne nouvelle. On y rattache donc une imagerie et des émotions positives. Du coup on met sous le tapis ce qui pourrait être négatif. Les fausses couches sont beaucoup plus communes et courantes ET NATURELLES que ce qu’on croit mais évidemment comme on n’en parle pas, quand elles arrivent durant ce foutu premier trimestre i.e. avant d’avoir annoncé, les femmes se retrouvent seules avec leur douleur… Pire : seules avec leur culpabilité. Elles ont l’impression de ne pas être normales, d’avoir échoué, qu’il y a un truc qui ne va pas chez elles… Parce qu’elles ne réalisent pas qu’on est des millions à travers le monde à vivre la même chose. Et j’ai ressenti la même chose il y a près de 20 ans lorsque que je suis tombée enceinte la première fois et que j’ai perdu mon bébé. Cette solitude, cette honte, cette culpabilité… Ma mère m’a raconté seulement récemment qu’elle avait eu 6 fausses couches avant d’avoir mon petit frère. Et elle a traversé ça seule… C’est rageant de voir que toutes ces années ont passé et qu’on n’a pas évolué là-dessus.

Heureusement pour moi, pas de fausse couche pour moi cette fois ci. Mais la loi du silence autour de la grossesse ne s’arrête pas là.

Ça continue avec les joyeusetés du premier trimestre.

Le premier trimestre de 4 mois

Ok… so here’s the deal: being pregnant sucks!

Voilà c’est dit ! Maintenant traitez moi de ce que vous voulez, je m’en fiche. Parce qu’évidemment je ne suis pas censée dire ça. Un enfant est un don, un miracle même pour beaucoup de femmes. En tant que femmes, c’est notre super pouvoir. Rendez vous compte, on crée la vie. Littéralement. On abrite en nous cette magie. J’en ai les larmes aux yeux rien que d’écrire ces mots. C’est un tel privilège qui nous est offert… Et j’ai tellement d’amies et de proches qui aimeraient avoir des enfants, qui tentent/ ont tenté désespérément et ne peuvent, soit pour des raisons médicales, soit pour des raisons matérielles (oui, la PMA à l’étranger pour les lesbiennes ou les femmes seules n’est pas à la portée de toutes les bourses… #PMApourtoutes n’est pas un luxe) …

Je réalise la chance que j’ai. Du coup au début je souffrais en silence jusqu’à ce qu’une copine qui essaye depuis 2 ans me déculpabilise et me dise que j’avais le droit.

Le droit d’en vouloir à tous ses magazines à la con qui parlent de nausées matinales : elles durent toutes la putain de journée ! Et ce ne sont pas que des nausées, ce sont vomissements. Tout le temps. Quand on ne mange pas assez vite, quand on mange trop, quand ne mange pas assez, quand on ne fait rien… j’ai perdu 4kg en un mois !

Le droit d’être furieuse parce que mon corps me trahit complètement : je faisais du sport tous les jours, je pouvais marcher jusqu’à 5h d’affilée et là, je ne peux pas monter des marches sans avoir l’impression que mon cœur va exploser. Ce n’est plus moi qui décide quand je dois dormir ou manger ou pisser mais mon petit locataire. Je me mets à pleurer out of the blue, parce que j’en ai marre de vomir, parce que la gamine de la pub a dit merci, parce que je ne trouve pas le potiron pour faire la soupe dont j’ai envie.

Le droit d’être frustrée de ne pas pouvoir manger ce que je veux quand je veux. Être enceinte à Noël veut dire pas de saumon fumé, ni de foie gras, ni de champagne. Ne pas être immunisée contre la toxoplasmose veut dire qu’on oublie une bonne partie des choses que j’adore. Et je ne vous parle même pas des fromages et du vin… et la galère au restaurant… et la panique quand on réalise qu’on a mangé un truc qu’il ne fallait pas… la bouffe c’est ma vie, pour le meilleur et souvent pour le pire mais c’est ma vie, c’est le seul talent artistique que je possède, c’est mon lien avec mes racines, c’est ma façon de partager mes émotions et sentiments, c’est l’outil par lequel le découvre le monde et différentes cultures… alors oui, je chipote peut-être mais pour moi c’est un énorme sacrifice.

Le droit d’être dégoûtée parce que mon corps change. Après tous ces efforts pour reprendre le contrôle sur ma boulimie et réduire mon obésité (on ne s’emballe pas hein, c’est un terme médical. Je n’ai rien contre mes rondeurs par contre le début de diabète et de cholestérol que j’avais n’était franchement pas de mon goût) …

J’étais déjà sur le point de craquer quand miraculeusement, vers le milieu du 4ème mois, tout s’est calmé. Enfin… tout, faut pas rêver non plus hein. Mais le fait de ne plus passer sa vie la tête au-dessus de la cuvette des toilettes ça vous donne un nouveau souffle.

Je me suis souvenu que le second trimestre était censé le meilleur : on n’est plus malade, on retrouve de l’énergie et on n’est pas encore énorme au point de ne plus pouvoir bouger, la libido est au top… C’est sans compter sur Mère Nature qui n’avait pas dit son dernier mot. And sometimes, comme dit l’homme, nature is a bitch.

Le meilleur moment (ah bon?…)

On pourrait penser que quelque chose qui concerne 3 à 10% des grossesses (soit 80 000 nouveau-nés en France) serait davantage connu, que quelqu’un nous préviendrait mais non. La grossesse est un joli champ de pâquerettes avec des arc-en-ciel et des papillons alors malheur à celui qui ose révéler son côté sombre. Du coup quand ça vous tombe dessus, on est complètement désemparé.

On se pointe à l’hôpital un lundi après-midi pour notre rendez-vous de seconde échographie, je m’installe, l’homme filme pour ma mère qui refuse d’en manquer une miette, je fais des blagues pour le détendre : il n’avait pas pu assister à l’échographie du premier trimestre donc c’est la première fois qu’il va voir sa fille.

Le gynécologue nous demande si on veut connaître le sexe. 85% de chance que ce soit une fille mais on veut bien une confirmation. Les battements du cœur sont bien là. Mais le docteur est silencieux. Au bout de quelques minutes il me demande : » Pouvez-vous me reconfirmer la date de conception ? Est-il possible qu’il y ait eu une erreur d’estimation ?  » Durant cette période, j’étais à l’étranger et l’homme et moi ne nous voyions qu’une semaine par mois donc impossible qu’il y ait erreur sur la date. Je demande pourquoi et il me répond : »il est très petit ». Je me tourne vers l’homme pour lui lancer sur le ton de la blague « c’est ta faute ça je suis sûre, ce sont les gènes de ta famille » mais quand je tourne à nouveau vers le docteur, il n’est pas du tout d’humeur à blaguer au contraire. Son visage fermé efface définitivement mon sourire. Il appuie sur mon ventre dans tous les sens, s’arrête pour consulter la première échographie, revient sur moi. J’ai des tonnes de questions mais je le laisse faire son truc. Au bout d’un moment je n’en peux plus et demande :

 – « il y a un problème ?

 – Il y a un retard de croissance qui est assez important, c’est intriguant

 – intriguant ou inquiétant ?

 – plutôt inquiétant à ce stade. Ça peut avoir plusieurs causes dont chromosomique mais je préfère ne pas m’avancer. Je vais demander un deuxième avis à un collègue qui est plus spécialiste que moi et on envisagera la suite ».

Je me tourne vers l’homme qui est décomposé. Il pose des questions, tente d’en savoir plus sur les causes et les conséquences mais le pauvre médecin ne peut pas dire grand-chose. Il se contente de répéter qu’on nous appellera pour reprendre un rdv au plus vite.

Pendant que l’homme va chercher la voiture, je craque et fond en larmes dans la salle d’attente mais je me reprends vite : au pays des arcs-en-ciel et des papillons, ça fait tâche mes larmes. Sur le chemin du retour, je suis bombardée de sms. Toute la tribu attend des nouvelles. J’envoie des réponses succinctes à tout le monde en expliquant brièvement la situation. Et là, les sms deviennent des appels auxquels je refuse de répondre. Je n’ai rien à dire de toute façon.

Le lendemain (mardi après-midi) le secrétariat appelle pour nous fixer rendez-vous samedi matin avec le deuxième médecin : il refuse de se prononcer avant de m’avoir lui-même examiné. Trois jours et demi c’est extrêmement long… Surtout quand en plus de ses propres interrogations, on doit gérer les émotions et les conseils et les mots se voulant réconfortants de ses proches.

Samedi matin, même hôpital, même salle d’examen, nouveau médecin. Je l’aime bien. Il est avenant mais direct, professionnel mais pédagogue. Comme nous en avait averti la secrétaire, cet examen sera plus long que les précédents.

D’abord on fait l’échodoppler par voie sus-pubienne. « Ah c’est un petit garçon… oui oui je suis sûr… regardez là… on voit bien le pénis… je revérifie… oui définitivement un garçon » je fonds en larmes. On n’a pas encore commencé l’examen, on n’a pas encore de diagnostic, je sais juste que mon bébé est trop petit et là je me dis que c’est ma faute : je voulais désespérément une fille, ce petit garçon l’a ressenti et c’est pour ça qu’il s’est fait tout petit. C’est ma faute. Ça me prend deux bonnes minutes pour me calmer et me recentrer sur l’écran. Le cœur, les reins, la vessie, le cerveau, le placenta, le fémur le bras, l’avant-bras, le tour de ventre, le crâne, le cordon, le liquide amniotique… c’est interminable. On enchaîne avec l’échographie par voie endovaginale et on recommence : le cerveau, le crâne, l’utérus, etc. Je me rhabille pendant qu’il écrit son compte-rendu. Je m’assoie, serre la main de l’homme et le verdict tombe.

La bonne nouvelle c’est que tous les organes vitaux fonctionnent bien. La mauvaise est qu’il y a effectivement un gros retard. À 23 semaines il ne pèse que 348g. Premier coup de massue. Il semblerait qu’il y ait un problème de vascularisation de mon placenta, c’est pour ça que le fœtus ne reçoit pas tout ce dont il a besoin et comme il n’est pas con, il dirige le peu qu’il reçoit vers ses organes vitaux et économise le reste de son activité in-utero. C’est pour ça que je ne le sens pas bouger.

« Et c’est dû à quoi ? » Je ne sais plus lequel de l’homme ou moi pose la question. Dans mon cas on peut éliminer les causes toxiques telles que l’alcool ou le tabac, la sous ou mauvaise alimentation, les pathologies chroniques telles que l’hypertension, certaines infections telles que la toxoplasmose ou le VIH ou l’herpès. Les anomalies chromosomiques pourraient être une explication mais peu probable étant donné que le test DPNI que j’ai fait quelques semaines plus tôt m’exonérait pour les trisomies 21, 13 et 18. Il ne reste plus que l’anomalie de vascularisation (obviously…) qui est très certainement dû à mes origines : les femmes noires sont plus touchées par ça. Deuxième coup de massue. Je savais que c’était ma faute… Ce qu’il ne dit pas c’est que dans plus d’un tiers des cas (encore ce sacro-saint silence), il n’y a simplement pas de causes ou du moins on ne la trouve.pas Mais vous avez raison, ne dites rien aux mères et laissez-les penser qu’elles sont responsables…

« Et donc ? On fait quoi maintenant ? C’est quoi la suite ?  » Là je suis quasiment sûre que la question vient de moi.

« Pour l’instant, pas grand-chose. Tant qu’il n’atteint pas les 500g, il n’y a pas de prise en charge possible. Il faut attendre qu’il grossisse. Mais je ne vous cache pas qu’il y a des chances que son petit cœur s’arrête avant (troisième coup de massue). S’il s’accroche et qu’il atteint cette barre de 500g, il faudra que vous soyez hospitalisée pour un suivi plus poussé jusqu’au moment de la naissance. Soyez préparée car cette grossesse ne sera pas menée à son terme : ce sera un prématuré ou un grand prématuré (quatrième coup de massue) avec tout ce que ça implique comme complications, temps en couveuse, etc. Et vu la taille et la précocité, on pratiquera une césarienne (cinquième coup de massue). Là je vous ai présenté les risques pour le fœtus mais il y a aussi des risques pour vous. Le problème de vascularisation demande à votre cœur de fournir plus d’efforts, ce qui signifie qu’il y a des risques de faire de l’hypertension et une prééclampsie (sixième coup de massue). Il faudra aussi vous monitorer de près. Si vous êtes en danger, on pratiquera une césarienne, peu importe le poids du fœtus.

Je ne sais pas comment j’ai fini cette conversation. Les seules choses auxquelles je pouvais penser c’est que c’était ma première grossesse, mon premier enfant et qu’il fallait que je fasse le deuil de tout ce que j’avais imaginé que ce serait, que je dise adieu à l’accouchement naturel, probablement à l’allaitement aussi… et je pensais à l’homme, à ce que j’étais en train de lui faire subir : sa vie était tranquille avant que je débarque et y fiche le bazar…

Je ne sais pas non plus comment je me suis retrouvé sur le parking. Je me rappelle juste que devant la voiture, j’ai explosé. Je pleurais littéralement de rage. Je ne pense pas être meilleure que qui que ce soit sur cette terre mais bon sang, je pense que j’ai donné, non ? Entre les incestes, les abus sexuels, les violences conjugales, les abus physiques et psychologiques, la dépression, la boulimie, les tentatives de suicides, les galères financières, la misère qui pousse à se nourrir à la soupe populaire… est-ce que je n’ai pas payé mon dû à la vie ? N’ai pas suffisamment morflé ? Je ne comprends pas ce que la vie attend de moi. N’ai-je pas mérité un break ? Pas pour moi mais pour ce bébé qui n’a rien demandé ?

Sur le chemin du retour, les sms des proches pleuvent. Cette fois je ne prends pas de gants. Je ne suis pas d’humeur à caresser les gens dans le sens du poil. Je balance les informations crûment, comme je les ai reçues. Parmi toutes les réponses que je reçois, une phrase d’une de mes sœurs me reste en travers de la gorge :  » surtout gères ça en toute discrétion ». Et le revoilà. Ce fichu silence. Comme si je devais avoir honte, comme si devait cacher ma peine pour accommoder les sensibilités des uns et des autres, parce que ma situation ne s’aligne pas à l’idée de ce qu’on se fait de la grossesse… je sens la rage qui monte à nouveau.

Donc à partir de ce moment-là ma vie va se résumer à attendre. Attendre entre deux rendez-vous pour vérifier que le cœur ne s’est pas arrêté. Attendre de voir si ma tension va grimper. Attendre de voir si le fœtus va grossir. Attendre. Attendre et subir. On ne se rend pas compte à quel point on fort.e et résilient.e avant d’être confronté.e à un vrai problème. J’apprends plus sur moi en 2 semaines qu’en 30 ans…

Hier soir nous avions un autre rdv d’échodoppler. Pas juste pour vérifier que le cœur bat toujours, mais surtout pour mesurer et peser. Je ne sais pas pourquoi mais je ne me sentais pas nerveuse. Ou si je l’étais, c’était inconscient. Je crois que sans vouloir me l’avouer, je pensais qu’il y avait une amélioration. J’avais beau ne pas le sentir bouger, m’efforcer de l’appeler « le fœtus » et non « le bébé » et encore moins lui donner un prénom pour me distancier, je gardais l’espoir qu’il allait aller bien. Mais hier soir, la vie s’est chargée d’éclater la petite bulle à laquelle je ne savais pas que je m’accrochais.

Mon bébé a pris 60 grammes en 15 jours. À 25 semaines il devrait peser 750 – 800g : il n’en pèse que 408. Le médecin est inquiet. On est loin du compte. Il ne sait pas combien de temps encore son cœur va tenir ce rythme. Il veut mon autorisation pour présenter mon cas à un comité d’experts car il ne peut pas faire de recommandation seul. Il va peut-être falloir envisager une interruption. Mais il préfère que la commission fasse des propositions, et me dise quelles sont nos options, si en l’état une prise en charge active peut être envisagée et ce que ça implique, etc. J’ai eu l’impression que le sol s’était dérobé sous moi. Mon corps était là mais j’avais l’impression de flotter. Seule la main de l’homme qui serrait la mienne me ramenait à la réalité. Je demande : » vous n’arrêtez pas de parler de prise en charge active, c’est en opposition à une prise en charge passive ?… » Sa réponse finie de m’achever… « Oui, la prise en charge passive consiste à le laisser partir en vous accompagnant. »

De la même manière qu’on découvre sa force quand on n’a pas le choix, on se rend compte à quel point on croit en ses convictions morales au moment de passer de la théorie aux actes.

J’ai toujours été pour la liberté de choisir. Je défends le droit à l’avortement, le refus de l’acharnement thérapeutique, le droit à mourir dans la dignité, l’euthanasie. Mais confronter à ma réalité, je ne sais plus. Je ne sais si je serais capable de prendre une décision difficile et autre qu’égoïste le moment venu.

Au moment où j’écris ces mots, j’en suis à souhaiter que soit son cœur qui s’arrête en moi naturellement, soit que la pression du défaut de vascularisation me mette en danger et que les médecins prennent la décision de tout interrompre. Au moins comme ça, sa vie n’arrêtera pas de mon fait ou pire, je n’insisterais pas pour qu’on le maintienne en vie en lui infligeant des procédures atroces ou au détriment de sa qualité de vie, simplement parce que je n’aurais pas le courage de tout arrêter et de dire adieu à ce dont j’avais rêvé.

Je réalise que je partage des choses très personnelles (et merci à l’homme d’avoir compris pourquoi) mais j’avais besoin de faire sortir tout ça. Et surtout, dans les pires moments de stress, de doute, de colère, d’inquiétude, j’avais désespérément besoin de savoir que d’autres femmes avaient vécu la même chose, avaient ressenti ce que j’ai ressenti… besoin de ne pas être seule en fait… mais je n’ai pas trouvé. Ces putains de silence qu’on nous impose… qu’on s’impose aussi… Si par ce texte je peux permettre à ne serait-ce qu’une seule femme de sentir moins seule, moins coupable, alors ça valait la peine.

 

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Random thoughts #1836

As a parent, open mindedness is probably the greatest thing you could ever pass on to your kids… through education, through your own example but there’s no better way than travelling and truly immersed yourself into other cultures and other ways of living/thinking. My mother raised my two siblings and I alone. She didn’t have a lot of money but I always saw her making huge sacrifices (depriving herself, working several jobs) to make sure we could have the opportunity to go abroad to study or just discover another environment. And I would be forever grateful to her for that. Thanks to her sacrifices, my circumstances are better than hers were and I want to pass that to my kids: go abroad, travel, confront yourselves to other cultures, educate yourselves from them, open your hearts and minds, learn that your way is not the only way and probably not the best way… those experiences will make you more understanding and tolerant and more appreciative of all the blessings you have and probably take for granted.

Je suis mon coeur…

J’ai peur qu’ça m’démange

Que ça recommence

J’ai peur d’oublier

La mal que ça fait
Comme une revanche

Sur le manque et l’absence

Vers cinq heures du soir

Quand le ciel s’en va
Même si ça dérange

Ma vie et le bon sens

Je ne peux pas

M’en passer comme ça
Tu reviens et ça recommence

Je veux croire encore à la chance

Je m’abandonne à l’évidence

Même si j’ai peur, je suis mon cœur
Toujours en partance

Vers une longue errance

Au cœur de nulle part

Où l’amour se noie
J’ai peur de l’offense

Des profonds silences

J’ai peur de ta voix

Qui ne répond pas
J’ai peur de la confiance

Perfide et ignorante

Sur un mur de pourquoi

Se cogner tout droit
Tu reviens et ça recommence

Je veux croire encore à la chance

Je m’abandonne à l’évidence

Même si j’ai peur, tu es mon coeur
J’ai peur qu’ça m’démange

Que ça recommence

Quand le bonheur est là

Tout casser pour toi…

L.F.

Random thoughts #402

Because of my insecurities I allowed him to break me into pieces and I hate myself for it.

I used to be pretty

I used to be pretty

When I looked at me

Wide eyes, small hips,

Smooth lips and hands

My tight, taunt skin, 

A butter pecan tan.
I used to be pretty

When I looked at me, 

I saw thick, black hair,

small ankles and knees

My clothes fit just right

No problem shopping the mall,

Just my Size wasn’t thought of at all!
Now, when I look, what looks back at me?

A different woman, 45 years young

A change, a new thing has just begun.

My eyes, hair, skin and lips,

Ankles, knees, clothes even hips;

All combined with age and wisdom suitable

To let me know I’m not pretty….

I’m BEAUTIFUL!!
Author: Karen Henderson

I was talking to mother a couple of days ago. She told  (yet again…) me I should stop being so picky when it comes to choosing a partner. « Stop looking for that person who is going to tick all the boxes. You need to find someone who has those 1 or 2 or 3 qualities/values that are sine qua none for you, then just soak it up and endure the rest. That’s what everyone else do. That’s how relationships work. Hell that’s how they exist! »

So of course I’ve been thinking about this ever since. I always thought I was open and not choosy nor demanding but she was right (and God I hate that!). I had a list. A long and exhaustive and peculiar list. 

But the more I think, the more it becomes evident. Only 3 things really matter :

  1. That he/she loves me EXACTLY like I am, with all my baggage, and my non-conventional sexuality, and my over-the-top almost schizophrenic personally, and my quasi bipolar values, and my weird and ever-changing body. That the love not despite of what/who/how I am, but because of that.
  2. That she/he consider me (and later me and the kids) a priority. As selfish and egocentric as it sounds, I want to be a priority for my partner.
  3. That they are someone I can rely on and count on and lean on and trust. I should have to watch my back with them, nor feel that I have to protect myself and my emotions.

But all that is useless if you don’t have in front of you someone who, just like you, is ready to enter a committed relationship…

I’m f***ed up 

Je ne m’aime pas. 

Voilà. C’est dit. J’ai appris à faire avec moi, mais objectivement, je ne m’aime pas. Je ne pense pas que je le mérite. 

Parce que je ne m’aime pas, les autres n’ont pas envie de m’aimer. Parce que moi je ne m’aime pas, je ne crois pas les autres quand ils parviennent à m’aimer malgré moi.

I’m so screwed… L’amour me fuit parce que je lui en demande trop. J’attends de l’autre qu’il m’aime assez pour qu’une partie de cette amour nourrisse mon amour-propre. Personne n’est capable d’aimer autant. 

J’ai peur que si j’ai un enfant, je l’étouffe… J’ai peur de l’aimer trop, d’attendre de lui qu’il m’aime comme moi je ne suis pas capable de l’aimer. Je vais le foutre en l’air… 

I’m screwed and I’m messed up : I’m basically programmed to end up alone with my pity self-loathing self…

Random thoughts #377

Solitude and loneliness are two very different things. People often confuse them. Especially French speaking people because they are translated by the same word.

Solitude is something you choose. It elevates you. It allows you to dig into your thoughts. It forces you to get to know who you are. 

Loneliness is something that is imposed upon you, by life, by circumstances, by others. It makes you feel you’re not worthy. It oppresses you when you’re in the middle of a familiar crowd. It darken your thoughts and feelings. 

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